Guide de voyage et FAQ
Les portes bleues de Sidi Bou Saïd, et ce que disent leurs clous
Sidi Bou Saïd est le village le plus photographié de Tunisie, et la quasi-totalité de ces photos montrent une porte. Voici pourquoi ce bleu précisément, ce que raconte la ferronnerie, et où se trouvent vraiment les plus belles.

Pourquoi Sidi Bou Saïd est-il bleu et blanc ?
Cette palette n'est pas ancienne. On l'attribue généralement à Rodolphe d'Erlanger, peintre et musicologue né en France, installé au village, qui fit adopter en 1915 un décret imposant la chaux blanche et les menuiseries bleues. Le village existait depuis des siècles comme établissement de pèlerins et de pêcheurs perché sur la falaise : la charte des couleurs, elle, a à peine plus de cent ans.
Ce bleu est souvent appelé bleu de Tunisie — un cobalt franc, plus proche du lapis que du ciel. Il provenait traditionnellement d'un pigment préparé sur place, réservé aux volets, aux grilles et aux portes, tandis que les murs restaient blanc de chaux. L'effet est concret : sous la lumière méditerranéenne, le blanc renvoie l'éblouissement et le bleu l'absorbe, ce qui explique que le village photographie si bien entre huit et dix heures du matin.
Que signifient les clous noirs des portes ?
Les clous sont ce que les visiteurs regardent le moins. Les portes tunisiennes traditionnelles sont cloutées de pointes noires forgées à la main, disposées en motifs, et ces motifs ne sont pas un simple remplissage décoratif : c'est un vocabulaire. Le poisson revient comme motif de protection, et les compositions géométriques puisent dans le même répertoire que les carreaux de zellige.
Vous remarquerez aussi que la plupart des portes anciennes ont deux heurtoirs à des hauteurs différentes : un lourd en bas, un plus léger au-dessus. Le premier pour les hommes, le second pour les femmes — le son indiquait qui se présentait avant même que la porte ne s'ouvre. Sur les plus belles, l'encadrement s'inscrit dans un arc outrepassé et l'ensemble se lit comme une seule composition.
Des portes de cette qualité appartenaient à des familles qui pouvaient les payer : c'est pourquoi elles se concentrent dans les rues proches du sommet plutôt qu'en bas de la colline.
Où sont les portes les mieux conservées
La rue principale qui monte depuis le parking, la rue Habib Thameur, rassemble les façades les plus célèbres et le plus de monde. Les portes y sont réellement belles ; vous les photographierez par-dessus l'épaule de quelqu'un.
Quittez-la. Les ruelles qui partent vers la falaise — plus étroites, sans panneaux, presque entièrement résidentielles — abritent des portes en meilleur état et personne devant. Dar El-Annabi, maison familiale ouverte aux visiteurs, permet de comprendre que la porte, le patio et les pièces carrelées formaient un ensemble conçu d'un seul tenant, et non une façade.
Une demande de la part de ceux qui vivent ici : ce sont les portes d'entrée de maisons habitées. Photographiez-les, ne vous y adossez pas.
Quand y aller, et combien cela coûte
Avant dix heures ou après dix-sept heures. Sidi Bou Saïd est une étape classique des autocars et des excursions de croisière : entre onze heures et quinze heures, la rue principale est une file d'attente. La lumière du matin est aussi bien meilleure sur le bleu.
L'entrée du village est libre. Les cafés de la falaise — le Café des Nattes en haut des marches et le Café Sidi Chabaane sur les terrasses en dessous — demandent quelques dinars pour un thé à la menthe aux pignons, et c'est la vue depuis Chabaane sur le golfe de Tunis qui mérite qu'on s'assoie.
Le village se combine naturellement avec Carthage, à dix minutes, ce qui explique que presque tous les itinéraires associent les deux.
Combien de temps faut-il à Sidi Bou Saïd ?
Deux heures suffisent pour parcourir la rue principale, bifurquer dans les ruelles calmes et s'installer en terrasse. Trois si vous souhaitez visiter Dar El-Annabi et descendre jusqu'à la marina.
Peut-on visiter Sidi Bou Saïd et Carthage en une journée ?
Sans difficulté. Les deux sites sont à une dizaine de minutes l'un de l'autre, et une demi-journée d'environ cinq heures permet de voir le site archéologique de Carthage et le village sans se presser.
Sidi Bou Saïd se visite-t-il à pied ?
Le village est petit mais bâti sur une colline, avec des pavés et des escaliers partout. Des chaussures plates et antidérapantes sont plus utiles ici que nulle part ailleurs en Tunisie.